Séquence JAZZ - Éducation Musicale au Collège

séquence jazz collège

Né à la fin du XIXe siècle, et découlant d'un long processus de survie pour des populations afro-américaines réduites à l'esclavage, le jazz a développé une belle diversité de styles... Dans cette séquence prévue pour le collège, nous allons donc illustrer ces différentes expressions (jouées, chantées...), et rencontrer quelques jazzmen qui ont laissé une empreinte forte dans l'histoire de la musique.

SPIRITUALS

Les premiers Negro spirituals apparaissent au XVIIIe siècle en Amérique, à un moment où la traite des Noirs se développe à grande échelle. Les esclaves, contraints d'abandonner leurs croyances africaines, fréquentent progressivement les églises.

Cependant, des cérémonies nocturnes et clandestines se déroulent dans les bois : elles sont appelées les Hush Harbors (=  havres de paix). Dans ces rassemblements secrets, les esclaves peuvent rêver à une nouvelle vie et s'éveiller à une conscience collective. Ils donnent libre cours à des improvisations, à partir de ce qu'ils ont appris. Puis des Églises Noires, autorisées et indépendantes, font leur apparition vers 1770 et siègent dans des Praise House (= maison de louange).

Vers 1780, on note l’apparition des Camp Meeting, lieux de rassemblements religieux multiraciaux organisés en plein-air. On y entend des sermons et des chants que les fidèles reprennent en chœur. Ceux-ci vont contribuer à l’éclosion du spiritual.

Pour perpétuer la mémoire des Afro-américains, des chœurs modernisent le répertoire des spirituals.

séquence jazz collège ragtime

RAGTIME

On voit émerger les premières formes de ragtime autour de 1895, lorsque les rythmes venus d'Afrique sont incorporés dans le cakewalk (danse burlesque née dans les plantations du Sud). Il est pratiqué par une petite partie de la population Noire, cultivée, connaissant la musique et les compositeurs européens (Bach, Chopin, Liszt). Les pianistes de ragtime, comme ici Scott Joplin, vont longtemps jouer dans les saloons et autres lieux de divertissements. Puis le ragtime est popularisé par des musiciens itinérants qui sillonnent les États-Unis.

Déroulement musical : Au piano, la main gauche alterne basses et accords plaqués (dans un mouvement appelé « faire la pompe », sur un battement à 4 temps. La mélodie est jouée à la main droite, avec un caractère syncopé. C'est l'ensemble de ce ragged-time (temps en lambeaux, déchiquetés) qui donne son nom au genre.

Une scène épique du film biographique sur Scott Joplin, sorti en 1977.

séquence jazz 1920

NEW-ORLEANS

Surnommée « Crescent City » (ville du croissant), La Nouvelle-Orléans (Louisiane) est un port fluvial situé au cœur du delta du Mississipi.

Elle est depuis le XVIIe siècle un brassage cosmopolite et polyglotte de peuple migrants venant de tous horizons : les esclaves Noirs y croisent des Caribéens, Espagnols, Français, Hollandais, Italiens, Grecs, Slaves, Irlandais, Allemands... Le quartier de Storyville, au début du XXe siècle, regroupe plusieurs dancings, cabarets et maisons closes. Leurs tenanciers y font jouer des pianistes et orchestres de musiciens créoles et afro-américains.

De nombreux défilés et parades ont lieu (pour des enterrements, pour mardi-gras...) et font naître la tradition des marching bands. Le style new orleans naît ainsi, joué à son commencement sur des instruments récupérés de la Guerre de Sécession.

séquence jazz new orleans

Description musicale :  Ce premier jazz est interprété par des formations réduites incluant cornet (ou trompette), clarinette, trombone, tuba (ou contrebasse), banjo (ou guitare), piano.

L'improvisation collective est de mise dans ce new orleans, et le répertoire puise dans le ragtime, les mélodies populaires, hymnes, marches, worksongs, etc.

Les premiers grands noms apparaissent, comme Sidney Bechet, Louis Armstrong, King Oliver, Bix Beiderbecke, Jelly Roll Morton, Fats Waller ou encore Fletcher Henderson.

Des images d'archives exceptionnelles pour saisir ambiance musicale de La Nouvelle-Orléans.

séquence jazz collège boogie

BOOGIE-WOOGIE

Le boogie-woogie est une manière pianistique et swinguante d'interpréter le blues, qui semble avoir pris naissance dans les barrelhouses ou honky tonks dans les années 1920, à Chicago et Kansas City.

Il avait pour objet de dépeindre musicalement le battement des roues des trains sur les voies ferrées, que les Noirs avaient été des millions à emprunter pour émigrer des États du Sud vers les grands centres urbains du Nord de l'Amérique.

Caractéristiques musicales : D'un caractère rythmique et obsessionnel, le boogie-woogie use de figures répétitives, jouées en ostinato à la main gauche. Celles-ci se basent sur les accords simples du blues en un cycle de 12 mesures. À la main droite, dans un jeu totalement indépendant, le pianiste peut broder des variations mélodiques improvisées et des riffs.

Postérité : Le rythme du boogie-woogie, avec ses walking bass, aura une influence réelle sur le rhythm and blues d'après-guerre et sur les débuts du rock'n roll, comme en témoigna le jeu de Jerry Lee Lewis.

séquence jazz collège swing

SWING

Daté des années 1930-40, le middle jazz désigne la musique pratiquée entre la période dorée de La Nouvelle-Orléans et l'avènement du jazz moderne incarné par le be-bop. Le swing et ses big bands s'installent à un moment où l'Amérique, en crise après le crash de Wall Street, veut montrer une illusion de richesse à travers l'industrie du spectacle.

Les orchestres de swing se produisent dans les nombreux ballrooms (salles de bal) et clubs de jazz de New York, comme les célèbres Cotton Club et Savoy. L'essor de la radio et du disque contribuent à leur tour à populariser cette musique.

La formation big band : elle comprend une section mélodique (clarinettes, saxophones, trompettes, trombones) et une section rythmique (piano, guitare, contrebasse, batterie). L'arrangeur devient un personnage-clé, car c'est lui qui fait « sonner » l'orchestre en écrivant les parties des différents pupitres. Chaque orchestre acquiert ainsi une couleur qui lui est propre.

On vient donc applaudir les big bands de Duke Ellington, Count Basie, Glenn Miller ou Benny Goodman. Des solistes et des personnalités émergent, comme les saxophonistes Coleman Hawkins et Lester Young, les chanteuses Billie Holiday et Ella Fitzgerald, ou encore les pianistes Fats Waller et Art Tatum.

séquence jazz collège be-bop

BE-BOP

Né à New York dans les années 1940, le be-bop a profité de l'érosion du swing, dont les arrangements devenus stéréotypés et les background rythmiques standardisés laissaient présager l'éclosion d'une autre musique.

Le be-bop fut une voie opposée, avec ses petites formations, son langage heurté, ses effets de dissonances, ses tempos rapides, ses innovations harmoniques et son goût de la vélocité.

L'histoire d'un style : L'appellation « be-bop » est à rapprocher des onomatopées utilisées par les chanteurs dans le scat. Il était au départ joué after hours (après le travail), dans le quartier de Harlem. Ce style de jeu était un moment de libération par rapport aux contraintes routinières et à la discipline du big band. Le be-bop se voulait aussi un retour aux origines Noires du jazz.

Parmi les pionniers : On compte les saxophonistes Charlie Parker et Lester Young, le trompettiste Dizzy Gillespie, le pianiste Thelonious Monk, le batteur Kenny Clarke ou le guitariste Charlie Christian. Les apports du mouvement au jazz furent considérables, et conditionnèrent la naissance des courants hard bop et free jazz.

séquence jazz collège cool

COOL JAZZ

Géographie et origines : Durant la Seconde Guerre Mondiale, la Californie du Sud attira près de deux millions d'immigrants qui participèrent à l'effort de guerre.

Le Harlem de la côte Pacifique devint un lieu de musique, bouillonnant de nouveaux sons... Parmi ceux-ci le courant cool jazz, joué autant par les musiciens Blancs que Noirs, et caractérisé par sa douceur et sa légèreté, qui rompait avec la fièvre be bop.

Compréhension du style : Le verbe « to cool » traduit le fait de quitter un état d'excitation, pour être plus tranquille et réfléchi... Le sens premier du mot cool = frais invite aussi à quelque chose de rafraîchissant et d'agréable. Dans une ambiance pessimiste d'après-guerre, la notion de cool, avec ce qu'elle impliquait de réserve et d'intellectualisation de l'art, fut une expression en phase avec son temps. Des artistes comme Miles Davis, Chet Baker ou Stan Getz suivirent la voie du cool jazz.

Caractéristiques musicales : Les formations, qui n'excèdent pas une dizaine de musiciens, peuvent faire entrer des instruments comme la flûte traversière, le hautbois, le cor d'harmonie, le violoncelle, la clarinette basse ou le tuba. L'expression est sobre, raffinée, cérébrale pourrait-on dire, avec absence de vibrato, sonorités feutrées, phrasé peu accentué, pas de notes aiguës, et une texture rythmique douce.